La joie de se laisser réconcilier par Dieu


Méditations au coeur du monde / vendredi, mars 28th, 2025
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Dernière modification 6 jours by Chrétien en ce temps

Entendons cette supplique de Paul dans la seconde lecture de ce 4e dimanche de Carême : « Nous vous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » Cette phrase de Paul ne doit pas nous attrister, mais nous mettre en joie.

La joie du carême

Même si nous sommes en Carême, la joie de nous savoir sauvés par Dieu ne doit pas nous quitter. C’est d’ailleurs ce que la liturgie nous signifie par la couleur rose des ornements de ce dimanche du Laetare. Ainsi, l’Église nous invite à nous réjouir, à être dans la joie de nous savoir follement aimés de Dieu.

La joie du Royaume et la réalité de notre monde

Même si cette conviction est au cœur de notre foi, nous savons que nous avons du mal à être dans cette joie. Le monde est encore loin de ressembler au Royaume où la paix et la justice habitent. Les haines, les guerres, les vaines querelles demeurent encore dans le quotidien – et dans le cœur des femmes et des hommes de ce temps. Dieu nous aurait-il abandonnés ? Ces promesses de joie, de la présence du Christ – au cœur du temps – seraient-elles vaines ? N’avons-nous pas l’impression que nous crions vers Dieu et qu’Il ne nous répond pas ?

Dieu a-t-il déserté ce monde ?

C’est lorsque ce questionnement nous parle au cœur que nous avons à nous souvenir de cette phrase de l’apôtre Paul que nous lisons dans la seconde lecture (2 Co 5, 20b). Nous comprenons ainsi que ce n’est pas Dieu qui s’éloigne de nous, mais nous qui nous éloignons de Dieu. C’est peut-être cela, en fait, le péché. Il ne s’agit pas d’un catalogue de fautes, de mauvaises actions ou de mauvaises pensées. C’est bien plutôt leurs conséquences qui nous éloignent de l’Amour de Dieu.

La joie de la présence de Dieu

Ainsi en est-il lorsque nous nous éloignons de lieux éclairés par le soleil : nous passons du chaud, du confort au froid. Lorsque nous commettons le péché, c’est tout simplement que nous nous éloignons de l’Amour de Dieu. Dieu est toujours à nos côtés, mais nous l’empêchons de nous offrir sa joie.

Découvrir le désir de Dieu

Mais ce qui compte plus que cet éloignement, c’est le désir de Dieu que nous le rejoignions. Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion. C’est-à-dire qu’il est toujours possible de revenir vers Dieu, de se laisser rejoindre par la joie de l’Amour qu’il ne cesse de vouloir nous donner. Mais cela réclame de notre part de cultiver ce désir de découvrir la joie au cœur de notre vie.

Choisir la vie ou la mort

C’est donc une réelle question de liberté à laquelle le Seigneur nous confronte. Il s’agit de se placer véritablement du côté de la vie, tel que cela nous est présenté dans le Deutéronome : « Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur (Dt 30, 15) / Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance (Dt 30, 19b). »

Entrer dans la joie du Père

Nous retrouvons cette même dynamique dans l’Évangile du fils prodigue que nous propose la liturgie de ce 4e dimanche de carême. Selon que nous nous positionnons comme le père, le frère ou le fils prodigue, nous ne comprenons pas cet Évangile de la même manière. Chacune des réactions est compréhensible, et particulièrement celle du frère resté auprès du Père.

Découvrir la paternité de Dieu

Sa réaction nous paraît juste. Lui est resté toujours fidèle, il a toujours été un travailleur acharné auprès de son Père et n’a pas droit à une réjouissance. Alors que le frère prodigue est acclamé pour son retour, après avoir dilapidé son héritage. Peut-être nous faut-il comprendre que ce qui est au Père est aussi à nous, et qu’il nous revient d’en user (et non d’en abuser) librement.

Devenir frères et sœurs

Ce frère travailleur se sent trahi, car son investissement n’est pas reconnu à sa juste hauteur. Comme nous pouvons le comprendre. Mais ce qui est en jeu ici, ce n’est pas le travail, mais le fait d’être fils. Son comportement est celui d’un bon et loyal serviteur et non celui d’un fils, dépositaire de la joie du Père. D’ailleurs, il le reconnaît lui-même lorsqu’il parle de son frère à son père : « ton fils » et non « mon frère ».

Pourquoi toujours récriminer ?

En quoi cette histoire de famille nous concerne-t-elle ? Quel lien pouvons-nous faire entre cette parabole, notre vie et les récriminations des scribes et des pharisiens ? Peut-être – et justement – sur la question des récriminations. Pourquoi toujours récriminer ? Les scribes et les pharisiens contre Jésus, le fils travailleur contre le fils prodigue… Ne devrions-nous pas plutôt examiner la poutre dans notre propre œil, plutôt que la paille dans celui de notre voisin ? (Mt 7, 3) et nous concentrer sur les luttes qui comptent ? Celles contre les injustices notoires, par exemple ?

Prendre de la distance

Parfois, il est important de changer de manière de voir les choses, de faire des pas de côté. Cela ne vient pas annihiler notre perception première, mais l’enrichir et lui permettre de mieux la comprendre et de trouver des chemins de vie et d’espérance. Souvenons-nous que nous sommes toujours en chemin, avec Dieu certes, mais aussi avec d’autres compagnons de route.

Trouver la joie de Dieu

Avec eux, nous pouvons toujours trouver la voie qui conduit vers la joie de Dieu. Il n’est jamais trop tard pour aller vers Dieu, tel le fils prodigue. Mais aller vers Dieu signifie devenir des fils dans le Fils, serviteurs de sa joie. Cela ne veut pas dire que nous soyons des esclaves, soumis à son bon vouloir. C’est un Évangile de liberté que le Christ est venu nous apporter.

Avec confiance, joie et espérance

C’est donc dans la confiance et l’espérance que nous pouvons aller vers Lui, même lorsque nous avons l’impression de nous en éloigner. Mais en fait, dans ce chemin d’humanité, c’est Dieu qui vient nous rejoindre, au travers des autres et des signes des temps. Sa présence est au cœur du temps et il est toujours disponible et disposé à nous accueillir au creux de ses bras, tel le Père de notre parabole.

Vivre de la vie et de la joie de Dieu

Cet accueil, nous le vivons, en fait, à chaque fois que nous célébrons le mystère de l’Eucharistie. Dieu vient à nous, dans la Parole, le pain et le vin consacrés, pour que nous nous donnions à Lui. Aussi, il vient par sa présence rassembler en son corps tout ce que nous vivons et ainsi nous faire devenir frères et sœurs les uns des autres, car enfants d’un même Père.
Alors, qu’attendons-nous pour nous jeter, avec joie, dans les bras aimants du Père ? Ainsi, nous deviendrons véritablement « ambassadeurs du Christ » et témoins de sa tendresse et de sa miséricorde.