Dernière modification 2 semaines by Chrétien en ce temps
Ce 3e dimanche de carême nous invite à méditer sur la vertu de la patience. Elle nous est nécessaire alors que nous sommes impatients de fêter Pâques, d’entrer dans le dynamisme de la Résurrection. Le temps du carême est vraiment le temps de la patience. Il est une marche dans l’espérance, vers la découverte que Dieu lui-même prend patience avec nous. Cette patience est celle du temps favorable, de la maturité des choses pour qu’elles portent de bons et beaux fruits.
La patience de Dieu : cœur de l’alliance
L’histoire de l’alliance, avec laquelle nous cheminons, nous conduit à découvrir qu’il faut du temps, de la patience, pour découvrir que Dieu se révèle. Et cette même révélation prend aussi du temps pour s’accomplir. Cette temporalité, cette patience n’est pas linéaire, elle demande parfois, comme nous le présente la première lecture, de faire un détour.
Faire un détour pour faire de vraies rencontres
Faire un détour ou, autrement dit, se convertir est essentiel pour celui ou celle qui veut faire la rencontre de Dieu. Il s’agit de laisser l’Esprit nous guider et de s’ouvrir à la voix de Dieu, qui se manifeste dans chaque femme et chaque homme que nous rencontrons.
L’infinie patience de la rencontre
Certes, il y a des rencontres plus aisées que d’autres. Notre affectivité va aller davantage vers tel ou telle. Pour autant, souvenons-nous que chaque rencontre est une terre sacrée. Nous avons à y entrer avec une infinie patience, la folle espérance que cela peut déboucher sur un élan de fraternité. Celle-là même qui nous révèle le choix de Dieu de se faire frère des hommes et des femmes de tout temps.
Dieu se révèle au fil de l’histoire
Oui, Dieu se dit dans ce monde et dans ce temps comme Il s’est dit dans celui de ceux et celles qui nous ont précédés. C’est ainsi qu’Il se révèle à Moïse, comme le Dieu de ses pères, le Dieu de l’alliance. Ainsi, il est important de comprendre que la foi en Dieu se révèle au long de l’histoire. La nôtre, bien sûr, mais aussi celle de ceux qui nous ont précédés. Ce sont nos ancêtres en matière de foi, ceux qui nous ont montré le chemin de Dieu par leur exemple. Ce sont des repères importants qui nous aident à ne pas nous éloigner de ce qui a du sens et de ce qui est crucial.
Une foi patiente, active et inventive
Ainsi, notre foi doit être active et inventive. Elle doit nous conduire à être attentifs à tous ceux qui crient vers Dieu. C’est ce que dit Dieu à Moïse : que les souffrances de son peuple, de ses bien-aimés, lui sont insupportables ! Ainsi, Dieu n’est pas insensible à nos peines, nos difficultés, nos souffrances. En Jésus, il les a assumées et même transfigurées. Pour autant, cela n’efface pas les nôtres, mais nous aide à les porter, à les traverser grâce à la présence agissante de l’Esprit.
Envoyés dans le monde au nom de Dieu
Notre foi en Dieu et Père de Jésus-Christ nous envoie en plein monde pour agir en son nom et contribuer à soulager nos contemporains. Cette présence aux femmes et aux hommes de ce temps consiste d’abord à être là, disponible pour écouter avec patience et bienveillance. Cette écoute est nécessaire dans ce monde en constant bouleversement où celui qui parle le plus fort, le plus violemment pense avoir raison.
Apprendre à ralentir avec patience
Peut-être que ce carême peut nous apprendre à ralentir l’élan de notre vie. Il ne s’agit pas de stopper, mais d’accepter de prendre le temps pour une rencontre ou bien de faire un détour – comme Moïse. Nous ne découvrirons pas un buisson qui brûle sans se consumer, mais le cœur de Dieu qui bat au rythme du cœur des femmes et des hommes de ce temps.
Notre rythme et le désir de Dieu
Avoir la patience d’écouter, de ralentir le rythme effréné de nos pensées, de notre combat – perdu d’avance – contre le temps qui passe, c’est offrir notre temps comme un trésor, un bien particulièrement précieux. Osons prendre ce temps et nous découvrirons la fin du commencement d’une brise légère nous insufflant le désir de Dieu pour notre monde. C’est ainsi que nous accomplirons la volonté de Dieu, qui ne réside pas dans l’action, dans le faire, mais plutôt dans la qualité d’être.
Le temps et l’annonce de l’Évangile
Certes, la mission est importante et l’annonce de l’Évangile ne devrait souffrir d’aucun retard, mais la vivre avec patience et espérance est déjà une annonce de l’Évangile. Chacun et chacune d’entre nous est envoyé vers ses frères et sœurs pour leur annoncer, par une douce présence, le fol amour de Dieu. Là est l’essentiel plus que tout autre projet.
La présence de Dieu
C’est le message de Dieu à Moïse : « je suis qui je suis », la présence même de toute éternité. Celui qui est hier, aujourd’hui et demain. C’est sur cette permanence de Dieu qu’il nous faut compter. Elle nous dit que son amour ne faiblit pas et, par conséquent, nous pouvons compter sur sa grâce pour avancer sur le chemin de notre vie.
Prendre le temps de contempler le visage de Dieu
Découvrir ce visage de Dieu demande du temps et de la patience. Il est nécessaire de nous convertir à cette présence, à cette douceur qui doit guider notre vie et notre mission baptismale. Se convertir au visage de Dieu, c’est aussi se laisser éblouir par le visage qu’il se donne en nos frères et sœurs en humanité. Aussi, comme lorsque nous sortons lors d’une journée ensoleillée, il faut du temps pour que nos yeux passent de l’obscurité à la splendeur du soleil. Ainsi en est-il dans notre contemplation du visage de Dieu dans le visage de l’autre. Cela nécessite un temps d’adaptation.
Le temps est notre allié
Faisons donc du temps un allié plutôt qu’un ennemi contre lequel tout combat est perdu d’avance. Seul Dieu est le maître des horloges, même s’il nous donne tout le temps nécessaire pour avancer sur un chemin de conversion et de pacification de notre cœur. Cette pacification du cœur doit donc éduquer notre patience et aiguiser notre charité. Elle est le chemin qui nous conduit davantage à Dieu et à ceux et celles que nous rencontrons.
Se laisser émonder par l’amour de Dieu
Mais, comme toute manifestation de la grâce de Dieu, de notre désir de contribuer à construire le Royaume, croître dans la charité ne se fait pas à la force du poignet et à un désir acharné d’être plus charitable que le plus charitable. Cela demande du temps. Celui de se laisser émonder par le Seigneur qui nous conduit par des chemins parfois sinueux pour découvrir la splendeur de son amour.
Alors, entrons dans cette 3e semaine de carême, le cœur léger en demandant au Seigneur la grâce de savoir accueillir le temps présent qui nous révèle sa discrète présence au cœur de nos vies.